Anniversaire de première communion

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Eh, quoi ! La vocation de tout baptisé, c’est de devenir saint, non ?

Justement, j’aime bien comment mes grandes patronnes (de Lisieux et d’Avila) étaient de vaillantes combattantes. Elles savaient quelque part qu’elles avaient un destin exceptionnel.

La grande Thérèse dit qu’il faut savoir que l’âme n’est autre que le paradis où le Bien-Aimé trouve ses délices. Le Paradis, c’est l’union parfaite à Dieu.

La petite Thérèse, dans sa nonchalance (qui est en fait un haut degré de sainteté, puisque c’est ce qui résulte de l’effort de perfectionnement dans la voie de l’enfance, qui est elle-même le fruit d’une recherche), affirme toute sa confiance dans le fait qu’elle deviendra sainte : non pas par ses mérites, mais à cause de la grâce infinie de son Bien-Aimé qui l’élèvera au plus haut degré de perfection. Certainement, cette « petite » Thérèse a pulvérisé tout ce qui macérait au purgatoire.

C’est plutôt rassurant quand on ne sait même pas ce que c’est que l’oraison. Moi aussi un ascenseur m’élèvera, si cela lui chante, ou rien, mais peu importe, cela m’est bien égal. Ma vocation, j’ai compris, c’est la mort. J’ai si souvent voulu être morte, je suis si heureuse d’être à présent à demi morte, puisque ce n’est plus moi qui vis, mais Christ.

De mon imperfection, tout est pardonné, puisque j’ai été choisie pour ça : mon épine, c’est que je ne sais même pas ce que c’est que Dieu. Comme le dit très bien le Père Marie-Eugène de l’Enfant Jésus (dans « Je veux voir Dieu », 2014, p. 231), la puissance surnaturelle de Dieu se déploie à travers les singularité naturelles de chaque créature vivante (et je suppose non vivante aussi, puisque Jésus calmait aussi les tempêtes – quoi que pour certains la terre tout entière est un organisme vivant).

Bien étrange croyante suis-je donc ! Je ne sais pas ce que c’est que le péché, puisque je ne sais pas qui ça offense. Et pourquoi ça l’offenserait ? Si je suis aveugle, est-ce que je peux en être tenue responsable ?

Je sais, vous n’y comprenez rien.

Moi, je suis une personne eucharistique. Ce serait impossible à expliquer. Je suis attirée par la messe et si je le pouvais j’y serais jour et nuit. J’aime bien me mettre à genoux et dire à voix haute : « Seigneur, prends pitié », parce que ça résume le cri de ma vie.

Quand j’étais petite, j’ai changé d’école, et je me sentais bien seule sur Terre. Surtout que c’était dans un autre pays et que je ne parlais même pas la langue. Je traversais la cour et il y avait des garçons qui jouaient au ballon. Je reçois un ballon en plein visage. Je regarde, mais personne n’est venu me voir, ni ne s’est excusé, ni même s’est soucié de moi. C’était comme si je n’existais pas. J’ai compris que pour eux, je n’étais pas un homme, mais un ver.

C’est quoi, « croire » ? Est-ce que c’est quand on utilise le même langage ? Alors certainement, je comprends parfaitement le langage de tous ceux qui sont autour de moi et qui ne croient pas qu’un dieu existe. Je ne crois pas plus qu’eux à tout ce qui est fantastique, et même que je suis encore plus « matérialiste »,  imperméable à la superstition, et même on peut dire rationnelle. Par exemple, il y a des gens qui croient à des « énergies » ou des « puissances ». Eh bien, moi je crois à la complexité des systèmes.

Ah, depuis le début, c’est que, personne ne comprend mon langage. Mais a-t-on seulement besoin de se comprendre ? Ne suffirait-il pas de faire des signes, un sourire, échanger des cadeaux ?

Ce dont l’un est dépourvu, l’autre en est pourvu au double. Quand il n’y a que la moitié d’une vocation en occident, il y en a deux en orient. La vie, c’est comme ça que ça fonctionne. C’est dynamique. Ca s’appelle la cybernétique. « Si le grain ne meurt ». Celui qui n’avance pas recule.

Si quelqu’un a la foi, un autre peut avoir la charité et l’espérance. Si quelqu’un a le don de l’oraison, un autre peut rester complètement dans le noir. Et si la prière fait vraiment quelque chose, tous en profitent. Et même si la prière ne servait à rien, tout le monde est content, et donc, c’est une bonne chose.

Puisque je rêvais d’être morte, et que je le suis, mon paradis, c’est ici. Et quand je serai morte complètement, je serai bien tranquille, on ne me demandera plus rien ! Ni de penser, ni d’être d’accord, ni d’avoir l’air à peu près normal – de ressembler à un être humain !

Quand j’ai communié pour la première fois pour de vrai, je me suis dit : voilà le moment favorable pour faire une grande prière. Seigneur, je me fiche de tout, que tout se fasse comme tu veux. Je sais une chose. Je t’aime : eh bien, ça c’est vrai. Le fait est que l’amour existe. Et la généralisation de l’amour, c’est l’Amour. Ce que je ne peux comprendre avec un cœur humain, je peux au moins le modéliser.

Alors j’ai prié : Seigneur, je ne sais pas si c’est possible. Mais si je pouvais faire un vœux en cette occasion propice, bien que ce me semble peu réaliste, je voudrais pouvoir aller à la messe tous les jours, parce que ça me fait fondre le cœur.

Vous pensez. Mon devoir d’état me permet d’y aller une fois en semaine, si ça tombe le bon jour, et le dimanche. Et encore, pour moi, c’est comme si un catholique se contentait d’un culte protestant dans une zone désertique parce qu’il n’y a pas d’autres chrétiens. Et c’est ça, je crois.

Qu’est-ce que « protester » ? La protestation, c’est une opposition à quelque chose. Donc on ne se projette pas dans une vocation, un appel, une attirance qui conduit à l’union à Dieu, mais plutôt donc dans une différenciation, une identité, somme toute bien humaine.

« On revient en arrière » parce qu’on fait ce qui est écrit dans les livres liturgiques ? Mmmmm.

La tradition, c’est pas quelque chose qu’on peut changer parce qu’on l’a décidé. Il faut qu’on soit d’accord, ou plutôt, que tous marchent volontiers. Celui qui n’assemble pas disperse. Moi, j’arrive, je m’adapte aux autres, parce que je suis persuadée par le Seigneur que rien n’est mauvais en soi (même si tout ne convient pas). Mais les autres, c’est tout ce monde-là qui est mort pendant 20 siècles (et même plus) ! Je veux être avec tous. Donc je vais parler un langage qui me permettra de m’entendre avec tous les hommes de bonne volonté, pour récapituler l’humanité du premier jusqu’aux dernier dans une paix qui ne trouve pas de contradicteur. Pour moi, ce langage est l’Evangile. « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ! » (Ga 1, 8).

Ne voyez-vous pas que le progrès n’est pas selon l’Evangile ? A la résurrection, Jésus précède ses disciples en Galilée, c’est-à-dire qu’on revient au début de l’histoire, sauf que c’est Jésus qui est devenu de la génération du Père (« Mes enfants, avez-vous quelque chose à manger » dans Jn 21) et ce sont les disciples qui font office du Christ, celui qui a reçu l’onction ; qui a été consacré. Elie passe son manteau à Elisée. Thérèse à Thérèse. Tout est logique. C’est un programme récursif : éternel.

« Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. » (1 Cor 13, 8) Mais l’amour ne passera jamais et c’est vrai.

Celui qui a goûté au vin vieux ne demande plus du nouveau, et c’est vrai.

Comme on m’a offert un missel, j’ai pensé que ça voulait dire qu’il fallait que je le lise. Et donc quand j’ai été contrariée à cause du culte protestant et de ses chansonnettes moralisatrices, et des petits chefs qui nous dictent toutes les semaines une nouvelle révolution jetable, j’ai pris mon missel et je l’ai lu. Là au moins tous sont égaux devant la lettre.

« Oui euh la réforme liturgique c’était pour supprimer les redondances mais ça n’a rien changé c’est toujours la messe ». Mais il faut être illettré pour ne pas s’apercevoir de la supercherie. Et illettrés, et aveuglés, c’est ce qu’on veut faire de nous ! Ouvrez ce livre ! Rien à voir. D’un coup j’ai compris de manière très limpide pourquoi les prêtres avaient toujours l’air de s’ennuyer et de passer leur temps à attendre assis dans la messe réformée. C’est que les prières à dire à voix basse ont disparu !

Regardez : nous, nous sommes quand même des êtres imparfaits. Dans un projet, le maillon le plus fragile, c’est le facteur humain. Par exemple, dans la messe solennelle (de ce qui s’appelle désormais « forme extraordinaire ») avec diacre et sous-diacre, le prêtre lit l’épître pour lui-même pendant que le sous-diacre la chante à voix haute. Ce doublon, pensez-vous que c’est de la maniaquerie ? Ou pour éviter que le prêtre se mette à rêvasser ou à se gratter la tête ?

Sérieusement, c’est quand même un peu prétentieux de supposer qu’on va être un peuple de bons chrétiens. Il serait plus prudent de penser qu’on ne le sera en général pas, mais qu’il est possible qu’un le soit, et qu’il ne faudra surtout pas empêcher celui-là de sauver tous les autres (et comment). A-t-on si vite oublié la Passion de Jésus et le comportement de la foule ? Ce que les psychologues ont trouvé, c’était déjà écrit dans votre livre.

De toute façon, c’est l’affaire de quelques décennies, et tout sera fini. Le pasteur a 27 clochers. Comment peut-il s’occuper de tout ce monde-là comme ses propres enfants ?

Ce qui compte, c’est, aujourd’hui, de faire une bonne prière. Alors, puisque je rêve de la messe, je prends mon livre, et je dis ma messe. Je ne suis pas prêtre, mais puisqu’il n’y a pas de messe, rien ne m’empêche de lire des prières, non ?

Rien ne m’empêche non plus de passer plus vite celles qui ne me parlent pas personnellement. Du dimanche au vendredi, je me fais une version courte, et le samedi soir, je me fais la version complète à partir des prières au bas de l’autel jusqu’au dernier Evangile. C’est la messe secrète solennelle, en quelque sorte.

Certains religieux parfois ont une phrase très courte qu’ils récitent de manière répétitive pour s’aider dans la prière. Par pudeur, ils ne disent pas laquelle, mais ça doit être du genre : « Mon Dieu, tu sais que je t’aime ».

J’ai aussi trouvé ma prière courte que je peux répéter à l’infini.

Dans ma messe courte, je fais le signe de croix, je dis le kyrie, je garde l’offertoire pour l’offrande des espèces à consacrer (jusqu’à Veni, Sanctificator compris) et la doxologie (Gloria Patri). Ensuite je passe à la préface de la Trinité, le Sanctus, puis je vais directement à la prière qui précède immédiatement la consécration (Quam oblationem tu). Viennent les deux consécration. Ensuite, je saute carrément à l’Agnus Dei.

Pourquoi ? Parce que c’est plus mystique. Au début, on prie le Père, de loin, avec obséquiosité. Ensuite c’est Notre Seigneur qui parle lui-même, et là on est devant ses plaies ouvertes et le sang. Alors pourquoi prendre des détours, se donner un air « normal » ? Notre Dieu est là, tout près, et il comprend tout. Qu’y a-t-il besoin d’autre pour tomber dans ses bras : Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde…. Et c’est même plus bref encore que la prière eucharistique III. Ce qui compte, c’est pas que ça dure, mais que ça tape fort. Si le grain ne meurt…

Et seulement après, je reviens à la commixtion (Haec commixtio), parce que c’est plus logique que je fasse tomber une parcelle après avoir cassé l’hostie, puisque j’ai sauté tout ce qui venait avant. L’union du mélange que j’ai vu de mes yeux me dit quelle sera la teneur de l’union qui sera la mienne avec Dieu à la communion. On ne pourra plus nous séparer. Je communie au pain (Panem celestem accipiam, etc.), et je me recueille. On ne communie qu’une fois pour la première fois, mais une seule expérience peut combler toute une vie.

Puis je communie au vin avec sa prière d’introduction (Quid retribuam Domino). Et là, j’entends la voix de tous les morts et de tous les saints qui disent le Confiteor pendant que je me recueille.

Quand je suis dans une vraie messe, et que ce n’est pas moi qui bois le sang, je prie la même chose : Seigneur, je veux boire la même coupe que toi, et s’il te plaît, ce jour-là, fais que je l’accepte dignement.

Quand ils ont fini, je leur donne l’absolution. Et là ce n’est plus moi mais je suis devenue un autre, et en leur donnant la communion je leur dis, avec tout l’amour que je peux :

CORPUS DOMINI NOSTRI JESU CHRISTI CUSTODIAT ANIMAM TUAM IN VITAM AETERNAM. AMEN.

A toutes les âmes qui n’ont pas connu le Christ, à toutes celles qui en sont tenu éloignées, à toutes celles qui le désirent, le cherchent et l’attendent mais qui ne peuvent l’atteindre, et à tous ceux qu’on ne voit même pas et qui sont tout au fond de l’abîme. A moi-même.

Quand j’en ai assez, on dit ensemble un Ave (puisque nous ne sommes plus qu’une seule entité tous ensemble), et on termine avec cette expression si réconfortante, puisque nous sommes certains que ça réussira : « Ora pro nobis, Sancta Dei Genitrix. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. »

Maintenant, je ne suis plus un ver, mais au moins un homme, à défaut de savoir ce qu’est Dieu.

Mais un jour…

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Qu’est-ce que la Bible et qu’est-ce que Dieu ?

Les enfants de caté m’ont demandé ce que c’était que le « peuple d’Israël » dont je leur parlais tout le temps. Qu’est-ce que ça à voir avec nous ???

Donc j’ai fait le point avec un petit diaporama sur le développement de la Bible et en même temps, une petite mise au point aussi sur l’identité de Dieu – entre le Dieu des juifs et le Dieu des chrétiens.

Les diaporamas peuvent être téléchargés librement : 1-bibledieu (pptx) 1-bibledieu (pdf)

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C’est sûr que, par exemple pour un musulman ou même un incroyant, quand on dit que qu’il n’y a qu’un seul Dieu et que Dieu est trois personnes, ça fait ??????

Mais en réalité rien n’est plus logique. Dans la vie, tout change tout le temps. Par exemple, les journées sont composés de nuit et de jour. Si on ne prenait que la nuit, ça ne serait pas une journée. Ni si on ne prenait que le jour, ou même deux jours ensemble. C’est l’alternance des deux qui font qu’on peut compter une journée. Pour les saisons c’est la même chose. Il y a l’hiver, le printemps, l’été et l’automne. L’été à lui seul ne fait pas l’année. ETC.

Donc maintenant accrochez-vous. Prenons la vie de Jésus. Il s’est incarné, d’abord en bébé. Mais Jésus n’a pas toujours été bébé. Il est ensuite devenu adulte, et il a été crucifié. Après sa résurrection, il est monté aux Cieux en disant « il est avantageux pour vous que je m’en aille, parce que si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas vers vous ». Donc il monte au Ciel et envoie l’Esprit Saint sur ses apôtres sous la forme de langues enflammées.

Maintenant, la Trinité.

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C’est vraiment très simple. Le Père est au Ciel. Il a envoyé beaucoup de prophètes pour écrire un super livre mais personne le le lit ! (en France, il me semble que j’ai lu quelque part que 15% des foyers possédaient une Bible) Et surtout il n’y a pas grand-monde qui le met en pratique. Lassé, il passe à la vitesse supérieure, il envoie son Fils unique sur la Terre.

Donc le Fils unique retourne au Ciel comme nous venons de le voir, et il a envoyé l’Esprit Saint à ses apôtres. C’est cet Esprit Saint qui nous fait dire « Abba », c’est-à-dire : « papa ! » à Dieu qui maintenant est désigné aussi par le nom de Dieu le Père.  Comme Dieu est le Dieu de la vie et qu’il est vivant lui-même, c’est parfaitement logique !

En fait, la Trinité est une sorte de pierre d’achoppement pour beaucoup de gens. Or, si on ne différencie pas le Père du Fils et si on méconnaît le Saint-Esprit, on ne peut pas comprendre ce qui se passe à la messe (offrande du Fils au Père et divinisation du commun des mortels).

 

 

 

Sainte famille

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Joseph et Marie, la mère de Jésus, s’émerveillaient de ce qu’on disait de lui. Au Temple, le vieillard Siméon leur dit qu’il sera l’occasion de la chute et du relèvement de beaucoup en Israël, et de Marie que son âme sera transpercée par un glaive. Il y avait aussi une prophétesse, Anne, ayant vécu sept ans avec son mari et restée veuve jusqu’à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne quittait pas le Temple et passait sa vie à jeûner et à prier. En voyant l’enfant, elle se met à glorifier Dieu et à parler de lui à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. (cf. Lc 2, 33-40)

Ce n’est qu’un simple bébé, et aucun signe, à cet âge (il n’a que quelques jours), ne le distingue des autres. Alors quoi de si spécial ?

Croirons-nous qu’un enfant inconnu est capable de sauver le monde ? « Parmi vous se trouve quelqu’un que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 26).

Je crois bien que j’ai compris ce que voulait dire « Dieu » quand je suis devenue la maman d’un bébé. A quoi pensent les bébés quand ils dorment ? Je crois qu’ils sont avec Dieu et tous les anges.

Qu’est-ce que l’espérance d’un vieillard ? De pouvoir se projeter dans l’avenir en acceptant de ne pas y être. « Laisse maintenant ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole » (Lc 2, 29).

Hérode n’avait pas la même vision des choses. D’ici que l’enfant grandisse, il allait pourtant peut-être avoir besoin d’un successeur, lui aussi ? Mais il a fait tuer tous les enfants de moins de deux ans.

Je crois que dans chaque chose il faut qu’on puisse trouver la finalité. Par exemple, tuer une personne pour utiliser ses organes pour sauver une autre personne, c’est absurde. Donc créer un massacre pour rester au pouvoir, gouverner, c’est-à-dire veiller à la vie paisible du peuple, c’est absurde. Donc institutionnaliser l’avortement, par exemple, c’est absurde.

Inversement, la foi me dit que chaque chose renferme mystérieusement les moyens nécessaires pour atteindre la finalité immédiate de toute chose. « Votre Père céleste sait que vous en avez besoin » (Mt 6, 32). Et comme j’y ai cru, j’ai vu que c’était vrai.

L’homme est un animal symbolique, et les petits enfants commencent très jeunes à jouer à des jeux d’imitation (dînette, poupées, voitures…). On est programmé pour chercher des solutions magiques. On croit que la médecine est magique. Mais le vrai problème, il ne peut pas être résolu par une solution technique, puisqu’il est symbolique.

Le vrai problème, c’est de savoir si on est prêt à se déclasser socialement sans se déclasser symboliquement… Mourir au monde pour naître en Dieu ; Dieu qui réunifie le matériel avec le symbolique par l’homme-Dieu Jésus-Christ.

Celui-là était indésiré selon le monde. Mais il s’est racheté auprès du monde par ses œuvres.

Quelle est le sens de l’existence, puisqu’on naît pour mourir ? A plus forte raison lorsque c’est pour mourir de manière absurde, sans rien avoir réalisé et en pleine force de l’âge ? A quoi bon avoir élevé un enfant pour qu’il soit gâché pour rien ?

« Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père » (Jn 14, 12)

Le gâchis extrême de la personne de Jésus devient raisonnable à cause du mécanisme symbolique du sacrifice : c’est le moyen d’une transaction (qui a comme effet de faire exister Dieu). Le prix payé donne la rétribution symbolique. « Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité » (Jn 17, 19). Il n’y a pas de doute. La manière de garder son capital symbolique tout en perdant son capital matériel, c’est d’imiter Jésus. « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17, 18).

Qui y croira ? Je crois que là c’est de l’ordre du hasard. « Nul ne vient à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6, 44).

Mais « Quand je serai élevé de la terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32).

Rien n’est plus triste que de regarder les curés de campagne regarder les bras croisés leurs voisins indifférents, en attendant qu’un jour peut-être ils se mettent à venir à la messe. Improbable. Ils croient que la messe c’est pour les croyants.

L’autre mouvement c’était de faire une messe pour non-croyants, c’est-à-dire pas pour croire. Mais alors où devrait-on aller quand on veut participer à ce commerce avec Dieu ?

« afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).

C’est comme si le Ciel avait toujours tendance à tomber, et qu’il faut de temps en temps quelques anges pour le refouler vers le haut.

Quid retribuam Domino pro omnibus quae retribuit mihi ?

Seigneur Jésus, « s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas ma volonté, mais la tienne » (Mt 26, 39).

 

 

 

 

Il vous est né aujourd’hui un Sauveur

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L’empereur Auguste ordonne par un décret le recensement de toute la terre. Joseph monte de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, Bethléem, pour se faire inscrire avec Marie.  Or justement les jours où Marie devait donner naissance s’étaient accomplis, et elle donne naissance à un Fils premier-né qu’elle emmaillote et couche dans une crèche parce qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie.

En ce moment, des bergers passaient la nuit dans les champs avec leur troupeau dans les environ, et l’ange du Seigneur se tient près d’eux et la lumière de Dieu brille auprès d’eux. Ils sont saisis d’une grande frayeur, mais l’ange leur dit : « ne craignez pas, aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. et vous le reconnaîtrez dans ce signe : vous trouverez un enfanr enveloppé dans des langes couché dans une crèche. Et soudain se joignent à l’ange une multitude d’esprits célestes qui louent Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut de cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (cf. Lc 2, 1-14)

Est-il permis de lire les passages qui ne sont pas des paraboles de manière allégorique ? N’est-il pas écrit : « Marie conservait toutes ces paroles et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19).

Le Seigneur a dit à Pierre : « pais mes brebis ; pais mes agneaux » (Jn 21, 15-17), et voilà que les curés des campagnes se tiennent dans la nuit avec leur troupeau.

La crèche qui est parfois représentée comme une grotte ressemble à un tombeau, d’où un homme sort, Lazare, enveloppé de bandes. L’ange ne dit pas « déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11, 44), mais c’est tout juste.  « Il y eut un homme envoyé de Dieu appelé Jean. Il vint en témoin pour rendre témoignage à la lumière » (Jn 1, 6-7). La lumière, c’est la vie divine que renferme l’âme immobilisée par la loi. « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » (Jn 11, 40). C’est aujourd’hui ta délivrance.

Jésus, c’est l’ange, et les juifs qui viennent voir Marie et Marthe, ce sont les bergers.

Les bergers se disent entre eux : « allons voir à Bethléem ce qui est arrivé, que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15). Et ils trouvent effectivement Joseph, Marie et l’enfant couché dans la crèche. Ce sont eux qui, se joignant à l’Ange du Seigneur, s’en vont en glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils ont vu et entendu, selon ce qui leur avait été annoncé. (Lc 2, 20)

Or le Sauveur se trouve dans la mangeoire des bêtes, Mangé, il vient loger dans le cœur des agneaux ou des brebis, qui enfanteront des agneaux, œuvres de Dieu offertes en sacrifice à Dieu.

Où est Bethléem ? C’est l’endroit d’où sont originaires Joseph et Marie, nos parents du oui (« ce qui est né en elle vient de l’Esprit Saint » – Mt 1, 20). Non pas la ville en tant que telle, mais le lieu profond où ils trouvent l’ancrage de leur histoire. Pour un païen, il ne s’agit pas de renier sa particularité, mais de la juxtaposer à l’histoire sainte pour que naisse de cette union sainte le Sauveur. « Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi » (Lc 8, 39 ; Mc 5, 19).

« Noël est devenu une fête commerciale païenne ». Qu’à cela ne tienne. La consommation, c’est le moyen qu’on se donne, dans la circonstance, pour faire des dons gratuits. Ce qui compte, ce ne sont pas les choses, mais l’esprit du don, par opposition à l’esprit du marchandage.

On pourrait supprimer toutes les crèches et tous les sapins et toutes les étoiles lumineuses, si le don subsiste l’Esprit de Dieu subsistera – et il subsistera – et il ne lui manquera que son nom, que le dernier disciple pourra révéler de nouveau. « Hommes Athéniens, je vous trouve à tous égards extrêmement religieux. Car, en parcourant votre ville et en considérant les objets de votre dévotion, j’ai même découvert un autel avec cette inscription: A un dieu inconnu! Ce que vous révérez sans le connaître, c’est ce que je vous annonce. » (Ac 17, 22-23)

D’ailleurs on fait bien du marketing à la messe aussi : les chants pour jeunes, c’est pour vendre la messe aux jeunes ?

Sauf que c’était pas la messe qu’il fallait vendre, mais ce sont plutôt les gens qu’il fallait faire accepter à Dieu en tant qu’offrande, moyennant son Fils pour qu’il ne puisse pas refuser. Et si on parvient à lui refourguer un pécheurs énorme, ça, c’est une grosse moisson, puisque : « il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, que quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15, 7).

Marchandage ?

« Cela suppose une conversion initiale enracinée au temps du précatéchuménat, une volonté de changer de vie et d’entrer en
relation avec Dieu dans le Christ, et donc un premier sens de la pénitence et une découverte de la prière.
Cela implique aussi un certain sens de l’Église : une fréquentation des chrétiens et une familiarisation avec leur esprit grâce
aux relations avec un prêtre et quelques membres de la communauté, ainsi qu’une préparation à cet acte liturgique.  » (RICA §71)

On doit arriver à un peuple qui est saint, donc on filtre à l’entrée tout ce qui n’est pas digne d’être sauvé. En plus, on culpabilise d’emblée le nouveau pour ses péchés, qu’il va, heureusement, apprendre à fuir en imitant l’esprit des chrétiens qui sont le levain qui fait gonfler le monde.

Était-ce une religion initiatique, comme la gnose ou la franc-maçonnerie ?

« Méfiez-vous du levain des pharisiens » (Lc 12, 11 ; Mt 16, 6).

Si Dieu a vraiment aimé le premier, le publicain et la prostituée en savent déjà quelque chose. On pourrait dire que c’est la connivence de la kénose.

Dieu ne s’attriste pas parce que les impies ne prient pas, et il ne subit pas de préjudice de ce que les méchants prient, mais au contraire, il se réjouit de ce que les impies deviennent pieux.

Moi, comment est-ce que je peux faire plaisir à Dieu ?

Je crois que si on essaye de se faire passer pour le dernier et le pire, et s’il se laisse prendre, et il se laissera attraper, ce sera pour lui un gros cadeau de Noël. C’est la différence entre l’entretien spirituel et la confession. Dans l’entretien, le prêtre va essayer de remonter le moral du pénitent en minimisant sa part de responsabilité et en le déculpabilisant. C’est gentil, mais humain. Dans la confession, j’imagine que le prêtre écoute sans donner son avis les fautes du pénitent, et même qu’il l’aide à s’accuser des plus gros péchés possibles, parce que c’est là que ça devient fou : il remet tout !

Qu’est-ce qui fait le plus plaisir ?

 

 

 

 

 

 

Toute chair verra le salut de Dieu

saint-sacrement

C’était à la quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode Tétrarque de Galilée, sous les grands prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur s’est faite entendre à Jean dans le désert. Jean a parcouru toute la région du Jourdain pour prêcher le baptême de conversion en rémission des péchés selon l’oracle d’Isaïe : « les chemin tortueux deviendront droit, les raboteux unis, et toute chair verra le salut de Dieu ». (cf. Lc 3, 1-6)

Jean prépare le chemin, et le chemin devient droit là. Et toute chair voit le salut de Dieu, maintenant. Comment est-ce possible d’envisager à la fois le Seigneur qui vient et le Seigneur déjà manifesté ?

Quand je croyais que je ne pouvais pas croire, je ne voyais pas ce que pouvait impliquer un péché quand on ne s’attend pas à la colère d’un dieu pour vous le reprocher. Certes, j’avais une notion du bien et du mal, mais le mal commis, comment pouvait-il encore subsister ? A part un sentiment d’échec personnel (parce que je veux être parfaite).

En réalité par le baptême ce n’est pas du péché seulement qu’on se débarrasse, mais de soi-même : « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire » (Col 3, 3-4).

Donc peu importe ce que je pense, ou ce que je crois avoir cru, ou ce que j’ai cru devoir croire. Maintenant je me laisse conduire : « les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête » (Mt 8, 20) – « Le vent souffle où il veut. On entent le bruit, mais on ne sait pas d’où il vient ni où il va » (Jn 3, 8).

Je ne sais même pas où j’irai demain à la messe.

Avant, je trouvais que le Credo était le moment le plus ennuyeux de la messe. Ânonner un texte aussi longuet, composé d’affirmations des plus fantaisistes jusqu’aux plus absconses… « Je crois à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle ».

Un jour, par hasard, j’ai assisté à une messe dans la forme extraordinaire. J’ai entendu le symbole de Nicée-Constantinople chanté, et j’ai su que je pouvais l’aimer. J’ai su que toute la sainte doctrine pouvait être aimée.

Je ne croyais pas, mais je voulais croire à tout prix pour pouvoir adorer tout de bon le souvenir infiniment aimable d’un homme qui a aimé l’humanité d’un amour infini. Et j’ai su que cela s’appelait Dieu. Si croire c’est aimer infiniment, je pourrai croire autant qu’un homme peut croire. Et si je ne peux pas aimer plus, c’est Dieu lui-même qui comblera ce qui manque pour que tout soit parfait. Et à tout instant je suis pressée de m’abandonner, pour qu’il remplisse l’univers de sa surabondance de perfection.

Le Cardinal Ratzinger, attristé et inquiété par la direction qu’a pris l’évolution de la liturgie depuis la réforme sous le Bx Paul VI (1969), a envisagé que la manière d’assainir cette situation devait être un enrichissement mutuel des deux formes, ordinaire et extraordinaire. Entendez : la réforme n’ayant pas été satisfaisante en elle-même, et ayant même donné lieu à des accidents imprévus, le Pape Benoît XVI en est venu à réintroduire par la grande porte l’ancienne forme (Summorum Pontificum, 2007), afin que ce qui reste de l’ancien patrimoine vivant ne soit pas perdu en pure perte.

Pour moi, j’ai plusieurs motifs d’insatisfaction. La traduction française actuelle du missel de Paul VI ne me semble pas très fidèle au latin, et même assez approximative (un peu plus de sobriété aurait peut-être aidé). Il y a plusieurs petites « coquilles », en tout cas, qui m’empêchent de m’abandonner totalement comme un enfant.

Par exemple, « que toutes nos Eucharisties… » alors qu’il n’y a en tout qu’un seul sacrifice, et donc toutes (sic) les (sic) Eucharisties (sic) n’en fait jamais qu’une seule qui continue pour l’éternité.

Ou alors, « Saint, Saint, Saint, …Dieu des armées » qui donne « Dieu de l’univers ». Ce n’est pas faux, mais on n’est plus dans Isaïe 6, 3.

Et est-ce que c’était pas finalement beaucoup mieux de dire « il prit le pain » avec cette précision : « dans ses mains très saintes » ?

Et le « nous proclamons ta mort, célébrons ta résurrection, attendons ta venue » dont j’ai déjà parlé. En y repensant, j’ai remarqué que le triptyque habituel ce n’était pas la mort, la résurrection et le second avènement, mais la passion, la résurrection et l’ascension, qui sont inscrits dans le calendrier liturgique même, pour dire leur importance. Dans le premier cas, on élude la souffrance et l’humiliation en ne parlant que de l’arrêt cardiaque, et on attend à la fin que Dieu redescende sur Terre. Mais dans la doctrine traditionnelle, on part de la souffrance actuelle et on se projette dans la gloire céleste en s’identifiant à la trajectoire de Jésus, comme pour monter dans un train en marche dont le premier wagon est déjà arrivé à destination.

Croyez-vous que ça existe, le « paradis » ? En fait la question n’est pas là. Est-ce que vous, vous existez ? Alors où voulez-vous vous mettre ?

 

Et pourquoi « Ite, missa est » donnerait « Allez dans la paix du Christ » ? Il ne faudra pas venir nous voir en nous accusant de faire de la religion l’opium du peuple, puisque c’est ce qu’on pense. On pense que les saints naissent naturellement par génération spontané, ou plutôt, « surnaturellement », par miracle. Allons, le miracle est déjà accompli et maintenant que Dieu a envoyé son Fils, de même le Fils nous envoie ! La messe, c’est pour apporter le salut de Dieu au monde !

On doit admettre que ce ne sont pas des traductions. Ce sont d’autres textes, qui dérivent du missel romain et d’une autre source, Q, mais cette source on ne nous dit pas explicitement laquelle. « Ils ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3, 19). Sinon on se contenterait, humblement, de traduire littéralement.

Aussi, à cause de mes goûts snobs et de mes stéréotypes sur ce qu’on est en devoir d’offrir comme culte digne à notre Dieu de majesté, j’ai terriblement de mal à me faire au répertoire musical. Surtout les messes de « jeunes » (animées par les « jeunes » de 50 ans). En fait la messe est toujours pour tout le peuple, donc il n’existe pas de messe de jeune. Ce qui m’attriste particulièrement, ce sont les textes fantaisistes qui prennent la place de l’ordinaire de la messe (Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei), qui en obscurcit complètement l’esprit. Quand c’est pas carrément le Credo qui part en prose improvisée par … par qui ? Un poète ??

Ça ressemble à une messe, mais ça n’en a plus du tout l’esprit, parce qu’on n’arrive pas à mourir pour ressusciter. Est-ce vraiment possible de participer activement à la messe sans être triste au début ? Sinon pourquoi dirait-on « quare tristis es anima mea, et quare conturbas me ? »

Et est-ce que la messe pour jeunes ça plaît tant que ça ? Si c’était si bien où est la relève ? Si c’est pas si bien il faudrait essayer de l’améliorer.

Puisqu’il n’y a plus que ceux qui y croient, pourquoi ne pas les laisser faire, eux, vu que pour eux ça a apparemment un sens ?

Ce n’est pas le prêchi-prêcha qui va nous changer. Seule la parole de Dieu est capable d’agir sur nous, et de nous transformer, parce qu’elle a autorité. Il y aurait d’ailleurs des progrès à accomplir dans ce domaine, parce que le propre de la messe fourni par le missel actuel est rarement exploité de manière exhaustive (ex. antienne de l’introit et de la communion, qui sont des condensés bibliques qui en peu de mots remettent les idées en place).

Comment rattraper les ravages de l’esprit rebelle gallican ? Probablement, par extinction naturelle, car les prêtres ne se renouvellent pas.

Mais oui. Tout le monde est prêtre, prophète et roi, et ce sont les mères de famille qui imaginent les mises en scènes liturgiques pour donner un rôle aux enfants. Et les papys, est-ce qu’elles en ont cure ? Peut-on « servir » en étant intéressé ?

D’ailleurs l’Eucharistie n’est plus le sujet central. Les maîtresses d’école orchestrent des « célébrations/temps de partage » dans l’église et on parle des arbres qui grandissent et de mélanger des couleurs. Mais alors quel est le rôle du prêtre ? Il reste assis la plupart du temps. Il a appris que la charité, c’était d’être gentil, même quand on se fait tout piétiner. Mais voyons. Les péchés sont certes remis, mais ils existent.

Je crois quand même qu’il y aurait moyen, pour celui qui voudrait être loyal, de sauver un peu cette dévastation. Et sauver un peu c’est déjà sauver, parce que ce qui compte, ce n’est pas que le monde soit parfait, mais qu’on se dirige vers la perfection. Et ici je voudrais faire une distinction entre l’idéologie du progrès, qui prône que le monde va progresser vers le meilleur, et le constat du salut, où le monde vient de trouver par où il peut accéder à sa pleine dignité.

Saint Jean Bosco avait rêvé des deux colonnes qui sauveraient l’Eglise : la Vierge Marie et l’Eucharistie. Quelque chose me dit que c’est vrai.

Marie est une borne qui sécurise le périmètre de la Trinité : sans son oui il n’y aurait pas eu Jésus, et sans Jésus elle n’était pas Mère de Dieu. La vie divine est comme ça : Dieu agit ici et là-bas au travers d’une interaction, et il vit tant que la balle rebondit, et la balle rebondira tant que durera le monde. On est tous prêtre, prophète et roi, mais chacun à son tour – non pas tous en même temps et pour la même chose. Le prêtre donne la communion, le fidèle communie, et maintenant le prêtre dit « Ite, missa est » – vous, allez-y, et moi je me retire. « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole » (Lc 2, 29).

Et les mamans voient bien si on est sincère. Il ne suffit pas d’être poli. Il faut y mettre tout son cœur.

L’Eucharistie est une borne qui pulvérise les limites de l’individu. L' »individu » est une conception anthropologique résolument moderne, aujourd’hui où les enfants ne reprennent pas nécessairement le métier du père, et où les familles ne sont pas des unités stables dans le temps. L’identité de l’homme moderne est circonscrite par son existence corporelle (de la naissance de son corps à la mort de son corps), et n’est plus naturellement porté par une transcendance d’ordre spirituelle (le clan, le corps social, la nation, …).

Maintenant que le Seigneur Jésus a fait manger un aliment on ne peut plus banal que le pain en disant que c’est son corps, on est obligé de comprendre que nous ne sommes plus des individus, mais un organisme d’ordre supérieur qui forme un tout, dont le principe de vie est Dieu.

Cela choque. Et beaucoup parmi ceux qui prêchent le christianisme pour donner des valeurs et éduquer la jeunesse n’y croient pas vraiment, en réalité. Mais puisque saint Thomas d’Aquin s’attarde autant sur le sang et la chair du Seigneur, ça ne peut pas être une erreur.

L’eucharistie dit que dans nos veines coule le même sang et que notre masse organique n’est circonscrite dans notre individualité que de manière accidentelle seulement. Car nous avons tous le même père et nous sommes tous des frères, et si notre idéal est l’union à Dieu, cela nous conduit par la même occasion à la communion de destin avec nos frères.

Comme nous répugnons à nous mélanger à des étrangers, Dieu doit être saint et pur, afin qu’à travers lui soient anéantis tous les péchés et toutes les souillures. Ainsi, je peux dire : « après ma mort, il y a mes frères, qui en réalité ne sont autre qu’une partie de moi-même, comme moi je suis une partie de ceux qui sont déjà morts, et de ceux qui ne sont pas encore nés ».

Les grands changements ne tombent pas du haut de manière brutale, mais s’engouffrent par les brèches, et s’ils viennent de Dieu, feront tomber les murs.

Comment rendre à Dieu sa dignité dans l’Eucharistie ?

En facilitant le face-à-face de Dieu avec les pauvres et les pécheurs. D’ailleurs si on vient à la messe c’est bien pour savourer ce moment. Dans la forme extraordinaire, le temps s’arrête là où c’est le meilleur. C’est juste après la consécration (« élévation »), on dit « coucou » à Jésus advenu dans les saintes espèces. On chante amoureusement : « O salutaris hostia » ou bien « Lauda Sion Jerusalem », ou « Tantum ergo sacramentum », ou « Ave verum corpus », ou encore « Benedictus qui venit ».

Quant à ce Benedictus, il me faisait l’effet d’une redondance puisque juste avant, on vient de le chanter dans le Sanctus. En réalité, dans l’histoire de la liturgie, il paraît que le Sanctus et le Benedictus n’ont pas toujours nécessairement été collés (cf. Un chant nouveau pour le Seigneur, Joseph Ratzinger, p. 191), et que le Benedictus peut suivre la consécration au lieu de la précéder. C’est dans cette même référence qu’on apprend aussi que l’Agnus Dei n’a pas nécessairement besoin de se limiter à la fraction, mais peut être repris pendant la communion des fidèles.

Supposons que la chorale, qui a répété, chante un chant à l’élévation (peu importe qu’il soit en latin, et il le vaudrait mieux, puisqu’ici le voile qui nous sépare de Dieu a été retiré, et qu’on peut donc se passer de langue ou de traduction, car il n’y a plus de mystère pour notre cœur). Et qu’à la communion des fidèles, elle reprenne un Agnus Dei latin (grégorien), tandis que le peuple aura déjà chanté un Agneau de Dieu « connu » par l’assemblée à la fraction.

Cela ferait déjà deux éléments pour reconnecter cette religion avec la tradition catholique multiséculaire et l’Esprit éternel. Non pas qu’il faille vivre dans le passé. Mais nous sommes eux. Il faut bien que nous vivions ?

Une fois que les fidèles seront revenus de leur choc du latin, il sera plus facile de réintroduire le Credo chanté (cf. PGMR § 41 : « Et comme les rassemblements entre fidèles de diverses nations deviennent de plus en plus fréquentes, il est nécessaire que ces fidèles sachent chanter ensemble, en latin, sur des mélodies assez faciles, au moins quelques parties de l´Ordinaire de la messe, notamment la profession de foi et l´oraison dominicale. » – il n’est jamais trop tard pour essayer de mettre en pratique Vatican II – ici, en particulier, le Sacrosanctum Concilium).

Pour la gloire de Dieu, le salut du monde, la paix dans l’Eglise et le bonheur des cœurs  !

 

 

 

 

 

 

 

Que dis-tu de toi-même ?

chapelet

Les juifs envoient à Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean le Baptiste pour savoir qui il était. Il leur dit : « je ne suis pas le Christ » Qui es-tu alors ? Elie ? Le Prophète ? – « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : « redressez la voie du Seigneur », selon Isaïe.

Les envoyés, qui étaient des pharisiens, l’interrogent alors pourquoi il baptise s’il n’est ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète. Il leur répond : « moi je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi et qui était avant moi, et dont je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. » Cela se passait à Béthanie, dans le Jourdain (cf. Jn 1, 19-18).

On croit savoir ce qu’est Dieu, et on s’inquiète quand un autre agit de lui-même sans passer par la voie hiérarchique des institutions humaines. « Le baptême de Jean, de qui venait-il ? » (Mt 21, 25) S’il vient de Dieu, il est le signal du passage de la Loi à la grâce – la traversée du Jourdain.

Jean, les pharisiens viennent lui demander qui il est. Mais ils ne trouvent pas en lui celui qu’ils cherchent. Quand on croit avoir la réponse, on ne la cherche pas, et on ne la trouve pas. C’est bien pour ça que, même si Jésus est déjà venu, on l’attend tous les ans à Noël, parce qu’on attend l’inattendu, le miracle.

Plus ça va, plus il me semble que le sommet de l’accomplissement personnel, c’est de retrouver l’enfant qu’on est destiné à être. Par exemple, quand j’étais petite fille, j’aimais faire de la couture et écrire des poésies. Alors je pense que c’est ça que je devrais creuser pour m’approcher de celle que je dois devenir. L’enfance est un condensé de tout le sens de notre existence – et ce qui a été abîmé, on le retrouve dans Jésus, parce que mes plaies sont ses plaies. Mais puisque lui-même redevient tout le temps un bébé !

Mais oui ! Ce germe a été déposé en nous et il pousse maintenant sa coquille. Cet enfant que je cherche à révéler, c’est Dieu.

Les Juifs cherchent le Messie, le Prophète et Elie, mais ils le cherchent à l’extérieur. Comme Dom Bélorgey le rappelle, quand Elie était sur le mont Horeb pour voir Dieu (cf. 1 R 19), Dieu n’était pas dans la tempête ni dans le feu, mais dans la brise légère, et donc on trouve Dieu dans le silence.

Il y en a qui croient qu’il faut appliquer des techniques de marketing à la messe, et faire comme les JMJ, pour donner une image jeune, et susciter l’émotion de la foule. Expliquer comment on est heureux tous ensemble. Donner un discours sur notre raison d’être là.

Eh bien, j’en ai marre qu’on me dise ce que je dois faire et ce que je dois être. Que je ne dois pas lire dans mon missel mais écouter la lecture parce que le Seigneur vient à ma rencontre « personnellement » (le lecteur), ou que les quatre chemins du dessin représentent tous les chemins par lesquels on peut arriver à Jésus et qui en même temps représentent les quatre dimanches de l’avent. Mais qu’est-ce qu’on s’en fiche du dessin ! Déliez-moi et laissez-moi aller (cf. Jn 11, 44).

On nous a dit qu’on était tous prêtre, prophète et roi en vertu du sacerdoce universel des baptisés. Eh bien, si c’est ça, il faudrait aller jusqu’au bout de la logique : arrêtez de me commander ! Mon sensus fidei n’a-t-il pas autant d’autorité que la vôtre ? Pas le bon style ? Mais ce style, d’où est-ce que je le tiens ? Je l’ai inventé ? Pour quoi faire ? J’essaye d’être logique ! Si je me trompe, ne me grondez pas, mais expliquez-moi plutôt, pour que je comprenne !

Du coup, j’aurais envie de suivre la voix qui crie dans le désert. Car je cherche, oui je le cherche, celui que je ne connais pas. Puisque « la vie intérieure est un bain d’amour dans lequel l’âme se plonge… Elle est comme noyée dans l’amour », dit-on (saint curé d’Ars). Je veux me noyer dans l’amour, je veux mourir pour l’amour.

Il paraît que le quiétisme, c’était pas bon. Mais la passivité ?

« La foi, c’est un engagement » (les parents qui n’ont pas une pratique très accrochée se voient rappelé à leur mémoire le serment qu’on leur a arraché en échange du baptême de leur enfant).

Simon-Pierre avait dit : « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais » (Mt 26, 33). Il a renié Jésus trois fois. Marie n’a rien dit, mais elle a gardé toutes ces choses dans son cœur.

Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.” Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? (Mt 21, 28-30)

Quand je vais communier, j’aime beaucoup me mettre à genoux et ouvrir la bouche, comme si j’étais un petit oiseau. Le Royaume de Dieu n’est-il pas comme un arbre où viennent nicher les oiseaux ? Si je ne suis encore qu’un poussin, c’est que tout est à venir, la belle saison, les fruits, les amours. C’est pour m’entraîner pour le jour où je tendrai mon cou pour me faire égorger. C’est bien comme ça qu’on tue les chrétiens ?

Pourquoi avez-vous l’air contrarié ?

Quand j’ai communié, je m’en retourne avec une grande tristesse et un grand apaisement tout à la fois. Mon Seigneur est mort pour moi. « Tout est accompli » (Jn 19, 30).

Certainement, la communion est comme un miroir. Quand j’étais jeune fille, je rêvais de mourir. Je crois vraiment que si je n’embrasse pas tous les aspects de l’enfant que j’étais, sans opérer de choix de ma propre initiative, je n’entrerai pas au royaume des cieux. Oui, vraiment, je le crois. Je reçois le Seigneur d’abord en recevant ce que je suis, de même qu’en recevant les autres tels qu’ils sont. Non pas, telle que je voudrais être, ou tels que je voudrais qu’ils soient, ni telle que je crois être ou tels que je crois qu’ils sont.

Si vous éliminez tous ceux qui ne sont pas comme il faut, il ne restera plus pierre sur pierre. N’avez-vous pas remarqué qu’il n’y en avait pas une seule de standard ? C’est vous, le petit caillou qui permettra de caler celle-ci avec celle-là. Mais, il fallait bien que les bâtisseurs rejettent une pierre, selon qu’il est écrit (Mt 21, 42).

C’est comme ça en tout cas que je vois les choses. Nous ne sommes que des serviteurs inutiles (Lc 17, 10), jusqu’au jour où nous serons appelés pour accomplir une oeuvre nécessaire. Moi ou un autre. Je peux dire oui ou non, l’oeuvre sera accomplie de toute façon.

Je dis ça, arrêtez-vous, ou passez votre chemin, il n’y a aucune importance. Mais seulement, comment voulez-vous que l’arbre pousse, si vous le coupez sans arrêt à ras ? Quand vous poussez les vieux et les ringards dehors, pensez de qui vous vous coupez. « Fils de Joseph, … fils de David, fils de Jessé, … fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham, … fils d’Adam, fils de » (Lc 3, 23-38) : dites-le, dites de qui vous êtes le fils !

Si on ne peut plus parler ni de la pureté de la Vierge Marie, ni de la royauté du Christ Jésus, ni de se mettre à genoux, ni des anges, comment voulez-vous encore ébranler les cœurs haut-perchés ? Il faut du lourd pour réveiller vos âmes.

Au fond, c’est une sorte de manichéisme. Avant, il y avait les chrétiens et les autres (extra ecclesiam nulla salus). A partir du moment où on a décrété que le monde était un pauvre qui mérite d’être sauvé, on a transposé le combat des anges de Dieu contre les anges de Satan aux chrétiens entre eux. Il y a les bons et les méchants, comme dans un match de foot. Ceux qui veulent rendre le monde meilleur et ceux à qui on fait porter le péché de l’histoire. Ce n’est plus le combat des esprits, mais on détruit le langage pour effacer le nom de l’esprit. Et on combat ceux qui veulent garder leur langue parce qu’elle permet de dire « tu pues du cul ».

Moi, je ne crois pas que le monde soit en train de connaître un progrès. Je crois que le progrès, ou la chute et le relèvement, pour parler en termes bibliques, est toujours à recommencer.

Le but, c’est quoi ? C’est d’être une gentille Eglise qui va aller apprendre aux paumés de la terre les vertus selon son enseignement moral, pour les rendre meilleurs ?

Ou bien, pauvre et humble, de se mettre en quête de Dieu, à la suite des paumés de la terre ? Sinon, pourquoi serait-il écrit : « C’est pourquoi, les prostitués et les publicains vous précèdent dans le royaume des cieux » (Mt 21, 31).

Il me semble que c’est le Cardinal Newman qui disait que la Vierge Marie est le rempart de l’orthodoxie. Le Père Belorgey (Sous le regard de Dieu, 1950) cite un commentaire du Père Morineau à propos des écrits de saint Louis-Marie Grignon de Montfort : Marie n’envoie pas l’Esprit Saint, mais elle l’attire. La proximité avec Marie entraîne donc une proximité avec Dieu, son époux éperdument amoureux toujours prompt à renouveler ses avances.

J’aime beaucoup quand le Père Jérôme dit qu’il aime prononcer les mots « Marie, mère de Dieu », en sachant que c’est choquant d’affirmer une telle énormité, et que c’est à cause de ça qu’on méprise le chapelet, pour être une forme de piété de bonnes-femmes ou d’enfants, parce que sinon, quand on y pense bien, c’est insupportable (cf. Je vous salue, Marie, 2013, p. 26).

Si c’est de la piété enfantine, c’est bien ça qu’il faut imiter, puisque « si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume de Dieu » (Mt 18, 3). Celui que je ne connaissais pas, joue-t-il à cache-cache dans le chapelet ?

Bien sûr, il faut tout embrasser. Rien n’est mauvais en soi (Rm 14, 14) et tout peut devenir bon, et je te cherche, Seigneur, dans toute chose. Je t’attends. Et dans la solitude, où je disparais au monde, j’accomplis, dans le secret (cachée avec Christ en Dieu ; Col 3, 3), la vocation de l’enfant auquel tu m’as destinée à ressembler, celle qui rêvassait, pour mieux t’adorer, t’embrasser tout entier, d’encore plus près.

 

 

 

Es-tu celui qui doit venir ?

divinisation de lhomme

Jean, en prison, envoie des disciples pour demander à Jésus s’il est celui qui doit venir ou s’ils doivent en attendre un autre. Jésus les renvoie en leur disant de lui dire ce qu’ils ont vu et entendu : « les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’Evangile est annoncé aux pauvres. Et heureux celui pour qui je ne serai pas un sujet de scandale ».

Comme les envoyés s’en vont, Jésus demande à la foule ce qu’ils étaient allés voir au désert. Un roseau agité par le vent ? Un homme vêtu d’habits délicats ? Un prophète ? Oui, et plus qu’un prophète, parce qu’il s’agit de celui qui prépare la venue du Seigneur. (cf. Mt 11, 2-10)

Jean veut savoir si oui ou non Jésus est celui qui doit venir. Jésus ne répond pas oui ou non, mais il fournit un constat à partir duquel Jean pourra conclure l’affirmative. Et à la foule, Jésus dit que c’est bien Jean qui annonçait celui qui devait venir. Mais cela ne nous dit pas si Jésus est vraiment celui qui devait venir. On est libre de croire à ça, ou non, en toute bonne foi. On ne croit pas parce qu’on peut le démontrer, mais parce qu’on en a envie, et que c’est possible.

Les gens ont suivi la voix qui crie dans le désert (Mc 1, 3 – Is 40, 3), c’est-à-dire qu’ils sont sortis de leur contexte de vie comme les hébreux d’Egypte. Un roseau ne pousse pas dans la sécheresse. Ils attendaient un roi (Pharaon est comparé à un roseau cassé, 2 Rois 18, 21 ; Is 36, 6) et pourtant (ou donc) ils sont partis.

Jean les a arrosé d’eau, pendant que le Seigneur les baptise en esprit saint et en feu (Lc 3, 16). L’Esprit Saint pour comprendre ce que Dieu veut et le feu pour éprouver ce qui est bon et brûler ce qui devait disparaître.

En fait, on aspire  au jugement, on veut savoir ce qui est bien et ce qui est mal, et on veut savoir comment on doit se comporter.  On cherche la justice.

Ciel, répands ta rosée!
Nuées, faites pleuvoir le Juste.
Terre, ouvre-toi,
que germe le Sauveur. (Rorate caeli, antienne du 4e dimanche de l’avent)

Nous ne somme pas des personnes. Nous sommes de la terre (cf. Mt 13), et son sel (Mt 5, 13). Nous ne sommes pas la finalité, mais le moyen. La finalité, c’est un germe qui est là mais qui n’a pas encore poussé.

« Le royaume de Dieu est comparable à une graine de sénevé » (Mt 13, 31) – le sapin aussi pousse à partir d’une très petite graine, et pourtant ça fait un arbre très grand, sous lequel les bergers peuvent s’abriter avec leur troupeau.

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage, se tient près de toi.
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper, ni la lune, durant la nuit. (Ps 120, 5-6)

L’arbre décoré, à son comble comme une épouse parée pour son époux (Ap 21, 2), est l’univers dans laquelle viennent nicher les oiseaux du ciel (Ez 17, 23). « Le juste fleurira comme la palme, il croîtra comme le cèdre au Liban » (Ps 92, 12).

Le rejeton de la souche de Jessé (Is 11, 1), est-ce qu’il a poussé une fois et il est mort ?

Mais non, mais non, on voudrait qu’il continue. Comment cet arbre pourrait-il mourir ?  « Si on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec » ?

Normalement, on penserait que l’arbre sec, c’est-à-dire le méchant et le pécheur, serait puni plus cruellement et perdu définitivement. Mais est-ce que c’est ce qui arrive ?

« je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Moi, le Seigneur, je l’ai dit, et je le ferai. » (Ez 17, 24)

C’est pourquoi il faut se garder de ce qui semble être des conseils de bon sens.

« Jean le Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : “C’est un possédé !” Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.” (Lc 7, 33-34)

Par là on sait que le principal ne se trouve pas dans la nourriture, mais dans celui qui l’approche ou la repousse. Le précurseur, c’est la porte au nez, le Seigneur, le pied dans la porte (petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Joule et Beauvois, 1987), et l’Esprit Saint, c’est l’influence qui vous fait reverdir, et crier « Abba », Père (Rm 8, 15).

De même qu’il faut un fils pour faire le père, et un père pour faire le fils, il faut un précurseur pour préparer l’entrée du Seigneur, et le Seigneur devient à son tour un précurseur pour que vous soyez divinisé (cf. S. Irénée de Lyon, S. Maxime le Confesseur, S. Grégoire Palamas…).

 

 

 

 

 

 

Lorsque vous verrez ces choses arriver

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Jésus annonce à ses disciples qu’il y aura des signes dans le ciel, que les peuples seront angoissés, et que le Fils de l’Homme viendra dans la nuée. Il compare cet événement à l’approche de l’été qui peut se voir sur la végétation des arbres, et ajoute que tout cela arrivera avant que cette génération ne soit passée. (cf. Lc 21; 25-33)

Le Fils de l’Homme qui viendra dans la nuée, cela renvoie au Messie annoncé par les prophètes. Mais ce qui arrive avant que cette génération ne passe ?

Il y a deux moments où les astres manifestent des anomalies. Premièrement, à la mort de Jésus : « À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure » (Mt 27, 45) ; « la terre trembla et les rochers se fendirent » (Mt 27, 51). Puis, à sa naissance, lorsque les mages suivent une étoile.

Et Pierre lui-même annonce que la prophétie du prophète Joël a bel et bien déjà été accompli :

« Non, ces gens-là ne sont pas ivres comme vous le supposez, car c’est seulement la troisième heure du jour. Mais ce qui arrive a été annoncé par le prophète Joël : Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai mon Esprit sur toute créature […] Je ferai des prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre : du sang, du feu, un nuage de fumée. Le soleil sera changé en ténèbres, et la lune sera changée en sang, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et manifeste. 
« Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici. Il s’agit de Jésus le Nazaréen […]. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. » (Ac 2, 15-24)

 

L’arrivée du Fils de l’Homme, c’est le retour à la case départ. Et ça continue.

La vie passe, comme l’eau de la rivière n’est jamais la même, mais la rivière est toujours là. L’eau coule vers la mer, mais elle s’évapore, et retombe en rosée, qui forme des ruisseaux, et revient à la rivière. Qui pourrait croire qu’il est une goutte et que ça s’arrête là ?

« Je vous précéderai en Galilée » (Mr 26, 32). Et voici que l’ange apparaît aux bergers, qui paissent les brebis et les agneaux d’Israël :

« L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » » (Lc 2, 9-12)

Le signe, c’est que vous avez peur. Et il y a un mort à manger, mais ce mort est vivant. Ce mort, c’était vous, mais ce n’est plus vous et vous, vous êtes vivant.

A la transfiguration, voilà Jésus resplendissant avec Moïse et Elie, et une voix dans la nuée.  c’était environ huit jours après que Jésus ait dit :  « Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici présents ne goûteront point la mort qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu. » (Lc 9, 27). En face, Pierre, Jacques et Jean saisis de crainte.

« Aujourd’hui, nous recevons le nouveau lectionnaire dans la nouvelle traduction liturgique, qui est le fruit de dix-sept ans de travail de plusieurs dizaines de spécialistes. Cette traduction, plus fidèle à l’original grec, insiste sur le temps présent. Par exemple, on ne lit plus « Veillez donc, car vous ne savez pas quand reviendra le maître », mais « car vous ne savez pas quand vient le maître » (Mc 33, 35). C’est tous les jours que le Seigneur vient. »

Ce n’est pas moi qui vais regretter le jugement après la mort, mais il me semble que ça ne sonne pas juste non plus. Je crois qu’il ne vient pas tous les jours à tous, sinon pourquoi l’annoncer comme un événement à attendre ? Je crois qu’il vient en surprise, de temps en temps. Ou d’un coup, une seule fois. Ou alors il reste pendant une période, comme quand on est enceinte.

Je crois même qu’on ne sait pas tout à fait ce que c’est. Et on l’attend, et il est là, caché, et on est tout heureux, remplis d’amour.

Quand vous verrez régner la désolation

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Jésus parle à ses disciples de l’abomination de la dévastation du lieu saint prédite par le prophète Daniel. Ce sera un jour de grande détresse, adouci à cause des élus. Beaucoup de faux Christs et faux prophètes se lèveront. A ce moment là aura lieu l’avènement du Fils de l’homme. Partout où il y aura des cadavres, il y aura des vautours. Autrement dit, quand il y aura des tribulations, ça voudra dire que le Fils de l’homme est proche, qu’il est aux portes. Cette génération ne passera pas que toutes ces choses arrives. « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » (cf. Mt 24, 15-35)

Dans le prophète Daniel, le roi fait plusieurs rêves que Daniel interprète. Toutes ces prophéties convergent vers une histoire de royauté puissante qui s’étend sur toute la terre, qui oublie Dieu, qui change le calendrier et la Loi, et adore des idoles. Enfin, Dieu dépose le roi.

Dans une vision de Daniel, quatre bêtes apparaissent, dont la dernière est particulièrement monstrueuse : elle déchiquette tout de ses dents acérées et piétine le reste. Il lui pousse une corne qui a des yeux et une bouche qui profère des propos horrifiants, et combat les Saints du Très-Haut. A la fin un vieillard apparaît et tout s’arrête, et un fils de l’homme arrive à lui dans les nuées et toute souveraineté lui est donnée.

Après ces prophètes, Jésus prêche, au contraire, de manière gentille : « convertissez-vous car le royaume des cieux est proche » (Mt 3, 2). On parle d’épreuve, mais quelque part il nous donne confiance sur le fait qu’on pourra arriver à nous en sortir.

Le réconfort arrive après l’avertissement, comme Jean le baptiste qui prêche la conversion pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé (Lc 1, 17). Pour préparer le chemin, il faut qu’Israël connaisse son salut par la rémission de ses péchés.

« Jusqu’à combien de fois dois-je pardonner ? » – « je ne dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Autant que le nombre d’années de dévastation des ruines de Jérusalem (Dan 9).

« Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion » (Ps 137, 1).

Pas un seul péché ne restera impardonné. C’est pourquoi Jésus affirme : « tes péchés sont remis » (Mt 9, 2). Et Israël est rétablie dans sa royauté, mais non pas pour une royauté temporelle, mais une royauté où le roi existe en tant que corps mystique, et qui n’est plus tributaire des aléas personnels, puisqu’il est déjà glorifié dans sa divinité.

J’ai gardé longtemps un point d’interrogation sur le contenu de la « bonne nouvelle ». Parce que quand on regarde ce qu’on nous enseigne au sujet de cette nouvelle, on tombe surtout sur le décalogue et ses développements, l’enseignement moral de l’Eglise, et la critique de la mentalité de « ce » temps. On finit par croire que la sanctification, c’est l’oeuvre de la volonté, et le salut, c’est ce qui se mérite.

En fait, on a trahi le décalogue tout du long. Donc ce n’est pas le décalogue qui sauve. Ce n’est pas la loi qui justifie. Plutôt, c’est parce qu’on sait par avance que les temps sont accomplis et que nous sommes déjà sauvés, que, purifiés, on devient capables de les observer et même, surtout, de les aimer (Ps 119) de tout notre cœur, sans aigreur.

« Il faut qu’ils se convertissent, mais pour ça, se tourner vraiment vers Jésus ». « Tant de chrétien se sont détournés du roi de l’univers : nous avons la responsabilité de préparer leur cœur à accueillir Jésus ». Je ne le crois pas. Il suffit simplement d’ôter les pierres d’achoppement, parce que Jésus attire naturellement à lui tous les hommes (Jn 12, 32).

« Il est grand temps de se convertir soi-même » – on l’a déjà assez entendu, et je ne le crois pas non plus. Comme il y a trois personnes dans la trinité, parce qu’il faut une origine et une destination pour que l’amour circule, il faut bien aussi qu’il y en ait une pour dire : « tes péchés sont pardonnés », et l’autre pour être pardonnée, pour que la miséricorde soit effective.

Annoncer la bonne nouvelle, c’est de dire, le premier : « les jalousies et les inimités sont passées, tu es pour moi blanc comme neige ». Mes frères, je ne dis pas que vous n’avez pas péché, mais je ne vous demande rien. Faites donc comme bon vous semble, et non pas pour vous justifier.

***

Est-ce que la présence réelle c’est une pierre d’achoppement ? « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous » (Jn 6, 53). Si Jésus cesse d’être un scandale et une folie, que pourra-t-il encore sauver ?

Qu’est-ce que la charité ? Faire comme l’autre aurait envie qu’on fasse ? Ne pas contrarier celui qu’on a en face ? Je ne le crois pas.

Je crois plutôt que c’est de sauver celui qui a besoin d’aide. On ne peut pas le sauver malgré lui, mais on sent bien si oui ou non il a envie qu’on lui tende la perche. Mais est-ce que ça a un sens de faire ce que quelqu’un voudrait qu’on fasse, sans que notre aide bénéficie à celui qui nous sollicite ?

Par exemple, dans la perspective de l’œcuménisme (fort théorique, puisqu’il n’y a ni église protestante ni église orthodoxe ici), considérer la présence réelle comme un tabou.

Autant aider vous-mêmes, à votre idée, le tiers dans le besoin. Moi je crois, au contraire, qu’on a tous besoin d’admettre la présence réelle.

Il n’y a de charité que lorsqu’un besoin terminal a été satisfait.

Il y a deux besoins : tu aimeras Dieu de tout ton cœur, toute ton âme, tout ton esprit, […] et ton prochain comme toi-même (Mt 22, 37 ; 39). Est-ce que je fais du tort à quelqu’un en aimant Dieu de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit ? « Des pauvres, vous en aurez toujours ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours » (Jn 12, 8).

Quand je n’étais pas croyante, je trouvais ça absurde. Ca paraît immoral de faire passer quelque chose qui n’existe pas devant le besoin criant de son prochain. Mais en pratique, ça paraît nécessaire. C’est comme pour le tir. Il y a deux marques à aligner sur le fusil, et une cible. Dieu, c’est la deuxième marque, et la cible, le prochain. C’est plus facile de viser la finalité à travers la logique du Verbe.

***

Si on ne croit pas à la présence réelle, on reporte l’heure du jugement et l’heure du salut, et on en vient même à dire cette chose aberrante alors qu’on se trouve face-à-face avec le Saint-Sacrement, sans un voile : « Gloire à toi notre sauveur, viens Seigneur Jésus » ; ou encore « nous attendons ta venue dans la gloire ».

Pardonnez-moi pour mon manque de foi. Mais je ne peux pas comprendre ça. Non pas que je n’attende pas le jugement pour plus tard, et l’avènement glorieux du Christ (puisque j’ai « accroché » aujourd’hui au christianisme en ayant été athée, je sais que rien n’est impossible à Dieu), mais pas de cette façon.

Le second avènement peut-il se situer dans un point défini du temps alors que le règne de Dieu doit lui-même être compris de manière abstraite ? Le Christ peut-il venir une deuxième fois alors qu’il est déjà venu une première (nativité) et une deuxième fois (résurrection) ? Comment est-possible qu’il vienne une troisième fois s’il est parti pour que son Esprit vienne sur nous ? Sinon pourquoi serions-nous aujourd’hui baptisés et confirmés ? Comment Jésus-Christ Verbe de Dieu peut-il avoir existé de toute éternité et en même temps revenir ?

Comparons la parabole du figuier avec la description que Jésus fait du jugement.

La vie, c’est comme une roue et dessus il y a la mort, et à chaque tour on retombe sur la mort. La vie, c’est la mort. Et de la dévastation, dites-moi, en sommes-nous déjà sortis même un instant depuis le début de l’histoire ? Il y a toujours quelque part dans le monde une mauvaise nouvelle, qui met à nu l’horreur des hommes.

Mais oui ! On ne veut parler que des merveilles de Dieu, mais en attendant, nous, ce qui nous tracasse c’est l’horreur des hommes. Et puisque cette horreur est clairement là, et qu’on a même peur qu’elle ne cesse jamais – c’est donc que les bourgeons sont gonflés, et la délivrance proche.

Jusqu’aux prophètes, le jugement c’était un événement futur. « A bien des reprises et de bien des manières, Dieu a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes. Et maintenant, dans ces jours qui sont les derniers, c’est par son Fils qu’il nous a parlé » (He 1, 1-2).

Avec Jésus, les prophéties sont devenues pour « maintenant » : « Cette parole de l’écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit » (Lc 4, 21).

Marthe attend la résurrection de son frère au « dernier jour », mais Jésus, sans la contredire, la transporte, elle, dans le dernier jour : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra (Jn 11, 24-25).

« Celui qui mange et boit indignement mange et boit sa propre condamnation » (1 Cor 11, 29) – lorsqu’on est face à face avec Dieu, et même un avec lui, nous faisons l’expérience du jugement en miniature (le jugement dernier en étant la généralisation).

Pourquoi montrer l’hostie dans l’adoration eucharistique ? Parce que pour croire, les incrédules ont besoin de preuve. Et si Dieu est caché dans un bout de pain (et ce n’est pas moi qui ai inventé cette fantaisie, cf. parabole des noces du fils du roi), ça en dit vraiment très long sur la nature du jugement.

Tout est déjà gagné, mais pour ça il faut être sûr de croire qu’il y a Dieu dedans. En fait, on peut aussi ne pas croire si on n’y arrive pas, mais dans ce cas il faut reconnaître qu’on est né avec cet handicap, et que c’est toujours vrai pour les autres et même dans l’absolu. Sinon on est bien d’accord qu’un bout de pain n’a aucun pouvoir. Et c’est là que le croyant passe dans une position d’abandon à l’Agneau de Dieu qui enlève ses péchés, et sa dépendance délibérée le libère, et il jouit.

Si Jésus cesse d’être un scandale et une folie (cf. 1 Cor 1, 23), qu’est-ce que ça pourrait encore sauver ? Ceux qui sont déjà sauvés par les œuvres, et qui ne croient pas qu’il y a là quelque chose qui dépasse leur imagination ? Même ceux-là peuvent croire, maintenant, que le Seigneur, qu’ils croyaient connaître, n’était pas encore venu, et qu’il est tout prêt de se manifester.

 

 

 

 

Résurrection de la fille du chef de la synagogue et guérison de la femme hémoroïsse

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Jésus parlait à la foule et le chef de la synagogue se prosterne devant lui pour lui demander d’imposer la main sur sa fille qui vient de mourir afin qu’elle vive. Jésus se lève et le suit avec ses disciples. Pendant ce déplacement, une femme affligée de pertes de sang s’approche par derrière et touche la frange du vêtement de Jésus, croyant que cela la guérira. Jésus se retourne et dit : « aies confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée », et elle a été guérie. 

Arrivé à la maison du chef, Jésus voit des joueurs de flûte et la foule qui faisait beaucoup de bruit. Il leur dit de se retirer parce que la fille n’est pas morte, mais dort. La foule se moque de lui, mais une fois chassée, il prend la main de la jeune fille, qui se lève. (cf. Mt 9, 18-26)

Au fond les gens sont contents qu’il arrive malheur à la fille du chef de la synagogue. Mais Jésus, au lieu d’imposer la main, prend la main de la jeune fille. C’est en elle qu’il y a la clef du relèvement du peuple des prêtres. Je parlais de cet épisode au sujet du concept de résurrection, en comparant cette fille à l’Eglise, à l’épouse de l’Agneau (cf. Ap. 21).

Jésus prend la main de la fillette, mais la femme se guérit à la dérobée. C’est Dieu qui donne la foi, et c’est la foi qui accomplit le salut. Si Dieu veut sauver tous les hommes, comment Dieu peut-il ne pas donner la foi ?

Mais bien sûr, on veut vivre ! Mais seulement, on croit à des choses qui ne font pas vivre. Et on est content quand ceux qui ne pensent pas comme nous sont dans l’échec, puisque ça nous conforte dans nos convictions.

Par exemple, Hayek (Route de la servitude) fait remarquer que les gauchistes (ceux qui sont pour le planisme, la planification centralisée de la distribution des richesses) tout comme les libéraux (ceux qui croient que la concurrence permet la régulation « organique », naturelle, de la répartition des richesses) ont recours au mot « liberté » tout en renvoyant à des réalités différentes.

Chez les gauchistes, la liberté c’est le fait de s’affranchir de la frustration de ne pas pouvoir se procurer tous les biens désirés en reportant l’instance décisionnelle à un organe organisateur de tout. Donc l’individu est tranquille dans la fatalité. C’est presque la sagesse bouddhique où on se libère du désir en tuant le désir, sauf que ce sont les chefs qui l’imposent à tout le monde. Mais pourquoi seraient-ils chefs, eux, et pas nous ?

La liberté chez les libéraux c’est le fait de pouvoir choisir quels risques prendre en contrepartie d’un potentiel gain, en ayant l’espoir de ne pas se tromper.  Evidemment, comme c’est complexe, on peut se tromper.

L’espérance chrétienne, c’est de se dire que globalement, la moyenne n’est pas nulle, mais supérieure à la ligne de base. Donc par conséquent il est plus avantageux de laisser les choses se développer de manière autonome, plutôt que de contrarier l’énergie positive de l’initiative privée par une entreprise de contrôle totalitaire (qui n’a pas plus de chance, mais par conséquent moins de chance, de réussir que la moyenne de toutes des initiatives privées). C’est ça le principe de subsidiarité de la Doctrine Sociale de l’Eglise.

Et cette tendance positive que d’autres ont appelé l’élan vital, il me semble que l’espèce humaine en a une intuition pour ainsi dire innée. En théologie, c’est Dieu. Ce qui manque chez les idéalistes gauchistes, c’est la confiance et l’espérance. Ils croient qu’ils doivent sauver le monde, eux. Ou alors ils s’en persuadent eux-mêmes, alors qu’ils sont en train de le détruire objectivement.

L’homme existe et son espèce se perpétue, c’est donc que globalement il a réussi. C’est donc que globalement il est conçu pour réussir, parce que sinon il aurait disparu. En tout cas, jusque là il a globalement réussi, puisqu’on s’inquiète même qu’il y ait trop d’hommes pour habiter la planète (mais à mon avis c’est absurde, puisque s’ils ne se reproduisaient pas, il n’y aurait plus aucun humain en une centaine d’années. Puisque la longévité ne fait pas le bonheur, mourir ne peut pas être non plus une souffrance atroce…).

Depuis quand dans notre civilisation occidentale croit-on que la liberté mène au bonheur ? « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5, 10). En fait, ce qui rend heureux, c’est la satisfaction du bien, dont la liberté n’est qu’un prérequis qui permet de passer à l’action afin d’y parvenir. Et l’hostilité du monde n’est pas un obstacle au bonheur, parce que le but ce n’est pas le bien-être, mais la cohérence. L’homme, même le matérialiste, ne fonctionne en réalité pas de manière rationnelle et matérialiste, puisqu’il s’attache à des biens alors qu’il est lui-même mortel. S’il était rationnel, il ne serait pas matérialiste.

Si l’homme existe avec sa liberté, c’est que la liberté est génératrice, en moyenne, du bien. Et l’abstraction, la généralisation du bien, dans le domaine symbolique, c’est : (devinez)

***

La fillette pleine d’avenir est mise en parallèle avec la femme malade, impure à cause du sang. L’ouverture vers l’avenir, c’est la plaie sanglante. Jésus invite Thomas à mettre sa main dans son côté (Jn 20, 27). Rahab fait pendre un signe écarlate à sa fenêtre, et c’est elle qui est la brèche de la muraille de Jéricho (Jos 2). En réalité, Jéricho, c’est la cité céleste avant le miracle. La prostituée, c’est la préfiguration de la vierge. Et comment cela se fait-il ? En donnant un salaire au lieu d’en recevoir, elle inverse les rôles (Ez 16, 34). La pauvre vieille, au lieu de recevoir l’aumône, fait une offrande (Mc 12, 41-44).

On a toujours matière à insatisfaction. Et c’est cette insatisfaction qu’on peut transformer en moteur pour… passer du côté de Dieu plutôt que de rester du côté de l’esclave.

Ce qu’on voudrait obtenir de l’Eglise, c’est qu’elle soit comme la petite fille, parce qu’on veut qu’elle vive, et qu’elle soit immaculée, pleine d’avenir, et même dans la gloire du Ciel, unie à Dieu. Et pour ça, il faut que nous on devienne la femme impure afin de devenir les acteurs du salut, voleurs de guérison.

Donc récapitulons. J’étais Marie-Madeleine au tombeau, et je pleurais mon Seigneur. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est triste, non ? « Misère, pauvre Jésus, à quoi bon mourir comme le moindre des hommes pour sauver le monde, pour que ce monde se moque encore de toi et continue à cracher sur toi. Et moi, qui ressemble un peu à toi à cause de l’opprobre dont je suis affligée, je ne voudrais pas craindre de te ressembler tout à fait ».

Et alors il me dit d’aller prévenir Pierre et les frères qu’il est ressuscité. Ressuscité, ça ne veut pas dire, comme quand on veut nous l’expliquer comme si on était des gens crédules, qu’il y a 2000 ans, etc. Ça veut plutôt dire, qu’aujourd’hui, le Seigneur vit.

Donc je vais voir un prêtre. En fait, j’étais comme le lépreux (Mc 1, 44) : j’ai été guérie de mes inquiétudes (car j’étais une toute petite maman qui voulait sauver le monde en lambeaux, et ne savait pas comment) en trouvant la solution dans l’Évangile.  La femme, c’est le peuple. Moi je suis dans le Christ et le Christ est en moi : autrement dit, le groupe est une catégorie qui peut se réduire à l’individu, et ça c’est le nœud des sciences sociales actuelles qui n’a pas encore été officiellement dépassé.

Et bien que le mécanisme décisionnel du groupe ait une apparence de complexité, il n’est composé que d’un nombre fini d’individus, qui n’ont pas besoin de se concerter entre eux pour que leur collaboration réussisse : la bonne solution n’est cachée à personne : on peut faire tout le bien qu’on veut faire, et ça marchera. On n’a pas besoin de faire un marché, entendez-vous ? Donnez seulement, parce que ce que vous allez donner vous a déjà été donné. On ne doit pas empêcher les autres de faire le bien (cf. parabole des ouvriers de la dernière heure – Mt 20, 1-16), mais rien ne nous empêche non plus de faire le bien.

Je croyais qu’il fallait lutter pour que cela marche, et je découvre que cela marche déjà, parce qu’en moyenne les gens sont de bonne volonté. Il suffit de participer à ce gisement de bonne volonté pour déclencher un torrent de bonnes œuvres. « Comme je voudrais que [ce feu] soit déjà allumé » (Lc 12, 49) : et comme le feu de la géhenne est mystérieusement caché dans l’angoisse de l’homme moderne déculturé, déraciné, possédé par l’idéologie du progrès et le complexe de supériorité (il essaye de remplir la place de Dieu laissée vide) ; de même le feu de l’amour immolé ne peut plus être éteint.

Je me fais baptiser pour commencer ma vie publique, pour chasser les démons, etc. Je suis affectée par la providence dans une paroisse rurale où il y a deux catégories : des vieux pratiquants réguliers, et des familles pratiquantes occasionnelles. Tous s’inquiète qu’il n’y a pas de renouvellement des générations. On me demande si mon mari musicien joue de la guitare. Sans doute c’est comme ça qu’on compte attirer les « jeunes ». (Non, il joue du Guilmant et du César Franck, et donc on ne l’a jamais demandé.)

Pour y faire quoi ? Pour dire : « convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle » (Mc 1, 15). La bonne nouvelle, c’est que votre problème n’en est pas un. Pour ceux qui sont tourmentés (je termine ma phrase en marmonnant dans ma barbe de manière inaudible : si vous êtes tourmentés, c’est que vous ne recherchez peut-être pas ce que vous êtes sensés chercher ?).

Le problème, ce n’est pas de mettre une bougies au coin de l’autel au lieu d’une de chaque côté, symétriquement. Le problème, ce n’est pas de faire « participer » les gens à lire « ensemble » (et commenter « ensemble ») les lectures du dimanche dans des réunions sous le prétexte officiel de préparer la messe. Ce qui compte, c’est de leur faire aimer le bon Dieu et même de l’aimer tout court, sans arrière pensée (ex. pour faire un monde meilleur, etc.). Est-ce que je me trompe ?

Est-ce que ce protocole pastorale est un dogme ? Dans ma grande naïveté, j’ai proposé qu’on se remue un peu pour trouver des enfants de cœur ; qu’on monte une pièce de théâtre pour évangéliser le chaland ; qu’on rende les informations plus accessibles, en particulier les horaires des messes en semaine ; qu’on prenne des photos pour qu’on voie tout ce qui se fait dans la paroisse ; qu’on vende des gâteaux parce les enfants adorent faire les vendeurs et les aînés trouvent les enfants très mignons. Mais non ! Le but c’est pas la messe ! C’est pas non plus la bonne humeur ! Ni l’amitié universelle qui transcende les générations et les centres d’intérêts.

Le but, c’est … d’avoir des adeptes sous votre coupe, et de chasser le reste. Comment racheter une entreprise sans payer ?

Malheur à celui par qui le scandale arrive, et je sens que c’est moi qui vais servir de chair à canon. Mais qu’il me soit fait selon Sa parole. Devenez ce que vous recevez. Devenez celui que vous avez mangé. Et je m’offre aux crachats et à la profanation, à mon tour.

En psychologie social, on sait qu’il suffit qu’il y ait un seul briseur de glace, pour que l’influence de la majorité (« effet Asch ») soit anéantie. « Je ne vous apporte pas la paix, mais le glaive » (Mt 10, 34).

« Convertis-toi, prostituée » – tu adores des faux dieux. C’est un peu dur, ça, mais c’est écrit. C’est le thème central de tous les prophètes. Pas étonnant qu’ils aient été persécutés.

Comment ?

J’ai cru qu’en voyant en toi une prostituée, vendue à je ne sais quelle groupe idéologique de substitution, que je devais te rejeter. Par dégoût, je t’ai d’abord repoussée. Mais je me suis ravisée. A cause de Sa Parole, je t’ai épousée.

Je ne peux pas connaître ton intention. Es-tu déjà convertie ? Ne l’es-tu pas encore ? Ne le seras-tu jamais de mon vivant ? Tout ce qui est visible, ce sont tes apparences accidentées. Les faux dieux, l’idéologie de la modernité. Dans quel but ? Comment pourrait-on sauver l’Eglise contre Dieu ? La vérité c’est que vous voudriez sauver le monde selon un autre programme que l’Evangile que vous prétendez avoir reçu.

Car selon la loi évangélique, tout cela est donné par surcroît, mais à condition de se faire tout à tous. TOUS ? Oui, à tous, même à la petite maman qui aime Alexandre Guilmant et César Franck. Oh, elle n’en demandait pas tant. Mais est-ce que c’est trop de répondre oui ou non ou qu’est-ce quand elle vous écrit un mail ? Votre maman n’a pas dû bien vous expliquer les règles élémentaires de la politesse dans la vie en société.

Ce qui compte, ce n’est pas qu’il y ait une bougie à gauche ou bien une de chaque côté, symétriques. Mais que personne ne se croie supérieur à son frère, et qu’on soit frères, surtout.

« Ne vous faites pas appeler Père, ni Docteur, ni Maître, parce que vous êtes tous frères » (cf. Mt 23, 8) – l’esprit de ce commandement, ce n’est pas de ne pas se faire appeler ni Père, ni Maître, ni Docteur, mais surtout qu’on ne se place pas au-dessus de son frère. Rappelez-vous la royauté de Jésus.

Guilmant, Franck, … Je suis intégriste ? Je pourrais en traiter d’autres de fondamentalistes. Mais je ferai mine de ne pas même y avoir pensé. L’amour prend patience, […] il endure tout. (1 Cor 13, 4 ; 7) Je ne m’en sens pas vraiment capable, car certes je suis irritée. Mais le Seigneur m’a dit de porter ma croix, alors pourquoi ferais-je l’étonnée ? Parce que Satan s’est installé là où il ne faut pas ? S’il est déjà vaincu, je serai donc capable de souffrir ce peu de désordre.

Eh bien, le Seigneur fera de moi ce qu’il veut, et il me fera dire ce qu’il voudra. Vais-je me décourager ? Vais-je me mettre en colère ? C’est ce que nous verrons. Qu’ai-je à défendre ? Rien. Je me livre en pâture, je vous montre mon cœur nu. Charles de Foucauld était bien tout seul dans le désert. Pourquoi sa force d’esprit ne me serait-elle pas aussi donnée ? Car je crois encore que si je viens vers vous, c’est l’amour pur qui m’y pousse. Pourrais-je m’en empêcher ? Je brûle, je ne suis plus maître de volonté. Je voudrais tant qu’on s’aime tous, comme le Seigneur nous a aimé !

Rahab, où es-tu ? C’est maintenant, sacrifie Jéricho au vrai Dieu, fais tomber la muraille ! Je viens vers toi, pour te prendre chez moi. Dans l’histoire, c’est le camp de Dieu qui triomphe, et Dieu, c’est celui qui vit, donc celui qui veut vivre, qu’il reprenne possession de son cœur.